Saturne porte la limite, Mars porte l'élan. Qui a décidé cela, et sur quoi tient un vocabulaire vieux de deux mille ans ?
Un vieux traité range les correspondances de Mars en colonne : le fer, la couleur rouge, la fièvre, le goût du sang, les chirurgiens, les soldats, le mardi.
L'enchaînement se suit assez bien. Mars apparaît rouge dans le ciel, le rouge évoque le sang, le sang évoque la blessure, la blessure appelle l'arme et celui qui la porte. Le fer sert à forger l'arme. Le mardi vient de dies Martis, et le mot survit intact dans la semaine française.
Une chaîne d'analogies, donc, partie d'une couleur observée à l'œil nu.
D'où vient ce vocabulaire
Le dictionnaire s'est constitué par couches, sur près de deux millénaires.
Les Mésopotamiens observent et consignent, en associant les phénomènes célestes au sort du royaume. Le monde grec transforme cet héritage en système applicable à un individu, autour du deuxième siècle avant notre ère, et lui donne sa forme durable : douze signes, douze maisons, sept corps visibles, des angles significatifs. Le monde arabe le conserve et l'enrichit pendant que l'Europe l'oublie, puis le lui restitue. La Renaissance le remet au centre du savoir, avant qu'il en sorte.
Au vingtième siècle, une dernière couche s'ajoute, et c'est celle qui pèse le plus lourd aujourd'hui. Le vocabulaire se déplace du sort vers la psyché. Saturne cesse d'annoncer les deuils et les procès pour désigner un rapport intérieur à la contrainte. Cette relecture psychologique est récente, et une bonne part de ce qui se lit aujourd'hui en date, y compris sur ce site.
Un vocabulaire déposé par strates, donc, où chaque époque a projeté ses préoccupations sur les mêmes sept objets lumineux.
L'ancienneté n'établit rien
Il faut le dire franchement, parce que l'argument revient souvent et qu'il ne tient pas.
Beaucoup de systèmes anciens et cohérents ont été abandonnés sans regret : la théorie des humeurs a organisé la médecine occidentale pendant quinze siècles, avec un raffinement considérable. La durée mesure la persistance d'une idée, jamais sa justesse.
Il faut ajouter autre chose, du même ordre. Les tests en double aveugle conduits depuis les années soixante-dix ne montrent aucune capacité des praticiens à identifier un thème à partir d'un profil de personnalité, ni l'inverse. Aucun mécanisme d'influence planétaire n'a jamais été mis en évidence, et rien ici ne prétend le contraire.
Un lecteur qui cherchait une influence peut s'arrêter là.
Ce que ce vocabulaire fait bien
Reprenons alors par ce que ce dictionnaire réussit, indépendamment de toute influence.
Il couvre le terrain sans laisser de trou. Douze maisons répartissent l'intégralité de l'existence : le corps, l'argent, la fratrie, le foyer, la création, le travail, le lien, la perte, la croyance, la place publique, les amitiés, ce qui reste caché. Aucun domaine de la vie humaine ne manque à l'appel, ce qui garantit qu'un thème pose des questions sur des secteurs qu'on n'avait pas prévu d'ouvrir.
Il est assez ambigu pour recevoir. Saturne désigne la limite, ce qui recouvre la contrainte subie, la discipline choisie, la peur de manquer, le goût de la structure, la lenteur, l'autorité, la vieillesse. Un terme aussi large accueille des situations très différentes, et c'est cette latitude qui permet à quelqu'un d'y loger la sienne.
Il tient debout tout seul. Les correspondances se répondent d'un bout à l'autre : chaque planète a son domicile, chaque signe son élément et sa modalité, chaque angle sa valeur. Un système cohérent avec lui même se manie sans se contredire, ce qui compte pour un vocabulaire destiné à produire des questions.
L'intérêt d'un vocabulaire qu'on n'a pas choisi
Vient ici l'argument qui compte le plus, et il tient au caractère arbitraire du dictionnaire.
Quelqu'un qui dresse lui même la liste des questions à se poser produit une liste rassurante. Il interroge ce qu'il avait déjà envie d'interroger et laisse dans l'ombre ce qu'il évite depuis des années. Le point aveugle se maintient, puisque c'est celui qui tient le crayon.
Un thème procède autrement. Il assigne des positions selon une date, sans égard pour ce qui arrange, et impose de regarder la huitième maison le jour où l'on venait pour la dixième. La contrainte vient de l'extérieur, elle ne négocie pas, et elle place la question là où personne ne l'aurait mise.
C'est un procédé ancien, et il se retrouve ailleurs sous d'autres formes : le tirage de cartes, le dé, la consigne d'écriture, la carte de contrainte piochée au hasard dans un studio de musique. Ces dispositifs partagent le même ressort. Une règle extérieure et indifférente produit des rapprochements qu'une intention n'aurait pas produits.
L'astrologie fournit une version particulièrement riche de ce dispositif : plusieurs milliers de combinaisons, un vocabulaire déjà chargé de sens, et une contrainte qui ne change pas d'un jour à l'autre puisqu'elle est attachée à une naissance.
D'autres dictionnaires existent
Une objection s'impose, et elle mérite d'être posée plutôt qu'esquivée.
Ce dictionnaire n'est pas le seul. Le zodiaque sidéral, employé par l'astrologie indienne, décale l'ensemble d'environ trente degrés et attribue donc d'autres signes aux mêmes naissances. D'autres traditions découpent tout autrement, par cycles de douze années ou par éléments distincts des quatre grecs.
Si le vocabulaire tirait sa valeur d'une correspondance avec le réel, cette pluralité serait un problème sérieux. Elle en devient un bien moindre s'il tire sa valeur de sa richesse et de son extériorité, deux propriétés que ces systèmes possèdent également.
Ce site emploie le zodiaque tropical parce qu'il est le mieux documenté en français et le plus lisible pour un lecteur européen. Une raison pratique, sans prétention de supériorité.
Ce qui est proposé, exactement
Le dictionnaire employé ici est donc un objet culturel : hérité, composite, retouché à chaque époque, cohérent avec lui même, et sans autorité sur les faits.
Sa fonction est de produire des questions qu'on ne se serait pas posées, à un endroit qu'on n'aurait pas choisi. Ce qui se passe ensuite dépend entièrement de ce que quelqu'un fait de ces questions.
Un vocabulaire vaut par ce qu'il permet de dire. Celui-ci sert depuis deux mille ans à nommer des choses difficiles à nommer, et c'est le seul titre qu'on peut sérieusement lui reconnaître.
augures.me